Entouré de bois et de prairies bocagères, le château de Chaussepot s'élève à la frontière de l'ancienne seigneurie du Perche-Gouet.
Si ses origines remontent au XIIe siècle, l'édifice, de proportions modestes, doit son aspect actuels aux différentes campagnes de travaux qui, entre les XVe et XVIIe siècles, effacèrent les dégradations causées par les Anglais durant la guerre de Cent Ans.
Eudes de Cormeray, qui fit donation à l'abbaye de Marmoutier en 1202, est le premier seigneur connu de Chaussepot

 

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SEIGNEUR DE CHAUSSEPOT SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE AUGUSTE, Eudes de Cormeray entretenait de fort mauvaises relations avec les moines de Marmoutier, qui venaient percevoir sur ses terres la dîme, impôt ecclésiastique directement perçu sur les récoltes et les troupeaux.

Comme beaucoup de petits seigneurs tirant l'essentiel de leurs revenus de leurs domaines, Eudes de Cormeray appréciait peu ce prélèvement qui, venant frapper ses paysans, ne lui laissait ensuite, lorsqu'il passait derrière, que la portion congrue… La situation s'envenima, et le seigneur alla jusqu'à molester les représentants de l'abbaye au bourg de Saint-Pellerin. Certes, il tenta de racheter ce mouvement d'humeur en donnant aux moines le droit de prendre chaque année dans ses greniers trois setiers de blé et autant d'avoine, générosité dûment consignée dans une charte de 1202, approuvée par le seigneur de Courtalain et ratifiée par Louis, comte de Blois et de Clermont.
Mais les moines, inflexibles, aggravèrent la pénitence en enjoignant à l'irascible seigneur de partir pour la croisade…

 
A DECOUVRIR
Décor armorié
La porte d'entrée du château s'ouvre sous un arc en plein cintre. Elle est surmontée d'une imposte que couronne un petit fronton triangulaire, décoré de motifs héraldiques que l'on retrouve également, à l'intérieur, sur certaines cheminées.
Un château détruit par les Anglais

La seigneurie de Chaussepot dépendait à la fin du XIIe siècle de la châtellenie de Courtalain, alors tenue par Agnès, dame de Courtalain, veuve de Hugues II Borel. En 1189, le seigneur de Chaussepot, Eudes de Cormeray, institue une fondation charitable en faveur des pauvres de Châteaudun, consistant en « deux muids de blé à prendre annuellement sur le moulin de La Varenne à Courtalain ». Détruit par les Anglais durant la guerre de Cent Ans, le château se présentait dans sa forme primitive comme un ensemble de bâtiments formant un U, avec quatre tours d'angle. Il était entouré d'une enceinte et son entrée se faisait par un pont-levis situé à l'arrière du château actuel. Au XVe siècle, la seigneurie appartient aux Mallefède.
Durant la guerre de Cent Ans, Chaussepot se trouve à la frontière de la zone d'occupation anglaise, et ses seigneurs s'illustrent pour la défense de leur pays. Bertrand de Mallefède se distingue lors de la défense de Châteaudun en 1416 ; son fils Guillaume est emprisonné en 1436 par les Anglais et libéré contre une forte rançon.
   
Présence romaine

La présence, non loin de la propriété, du chemin de César, voie romaine
reliant Orléans au Mans, explique sans doute l'étymologie de Chaussepot.
Chausse vient du latin calceata via, qui devient en vieux français chalcier, puis chaussée. Le suffixe pot, pour sa part, peut dériver du latin pottum, poterie.
 

 

 
ARCHITECTURE
Le siège d'une importante seigneurie UN SOUS-SOL À DEMI ENTERRÉ
Le premier niveau du château est en sous-sol, et présente donc avec
le niveau de la cour une différence de 50 cm. Un escalier à degré
simple et un perron permettent d'accéder au château. Sur l'autre
façade, un pont franchit la douve et aboutit devant une portefenêtre.
Reconstruit à la fin du XVe siècle, le château passe au XVIe siècle à la famille de Blères, qui semble avoirpartagé la seigneurie avec d'autres propriétaires. En 1575, Chaussepot é choit à Louis de Pâris, dont le fils Jacques est cité dans un hommage rendu en 1595 par la dame de Courtalain,
Jacqueline d'Avaugour, au duc de Longueville, comte de Dunois.
Le seigneur de Chaussepot, qui possède droit de haute, moyenne et basse justice, est lui-même le suzerain
de plusieurs petits seigneurs locaux. Au XVIIe siècle, la famille des Pierres possède la seigneurie.

Une architecture caractéristique du XVIIe siècle

Le château, dont les dernières transformations remontent au XVIIe siècle, consiste dans un corps de
logis principal, sans doute le seul é lément subsistant de la maison
forte ruinée par les Anglais. Couvert d'un toit à pente raide, il est flanqué au nord-ouest, sur l'arrière, d'une tour cylindrique coiffée d'un toit en poivrière, et sur la gauche, d'une aile basse terminée par une petite tourelle.
Les façades sont appareillées en silex, qui a pris au fil du temps une belle teinte rosée, s'harmonisant avec beaucoup de douceur à la pierre blanche des encadrements de fenêtres en harpe. Tel qu'il se présente, l'édifice semble avoir été remanié sous le règne d'Henri IV ou sous celui de Louis XIII. Son enceinte a disparu, mais le château se dresse toujours sur un terre-plein entouré de douves, enjambé par trois ponts, un de pierre et deux de bois. À proximité s'élèvent des communs construits en pisé, sans doute sur une partie de l'ancien bâtiment.

Les Kiss de Nemesker, du Danube au Perche

Au XVIIIe siècle, le domaine se transmet par héritage aux Boisguyon, qui le conservent jusqu'en 1833, date de sa vente au châtelain de Courtalain, le duc de Montmorency, qui loue le château à diverses personnalités, notamment le baron de Maussion, ancien préfet du palais de l'Empereur. En 1920, la propriété est acquise par un aristocrate d'origine hongroise, le colonel
Miklos de Kiss de Nemesker, ancien écuyer du Cadre noir de Saumur, dont les propriétés hongroises venaient d'être annexées à la Tchécoslovaquie par le traité de Trianon. Il avait épousé la fille du marquis Le Charron qui,
resté sans descendance masculine, émit le voeu que son nom soitrelevé par ses petits-enfants. Chaussepot appartient aujourd'hui à M. Miklos de Kiss de Nemesker Le Charron.

 

Chaussepot
28290 Courtalain
Tél : 02 37 98 81 40